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« ... Le devoir de mémoire incombe à chacun...rendre inoubliable. Ceux qui sont morts pour que nous vivions ont des droits inaliénables. Laisser la mémoire se transformer en histoire est insuffisant. Le devoir de mémoire permet de devenir un témoin... »
 
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 Avoir la baraka !!

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AuteurMessage
junker
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junker


Avoir la baraka !! Empty
MessageSujet: Avoir la baraka !!   Avoir la baraka !! EmptyMer 17 Mar 2021 - 14:32

Pour une fois, avoir la baraka !!

- LES THÉÂTRES D'OPÉRATIONS :: - INDOCHINE




Pour une fois, avoir la baraka !! Pour une fois, avoir la baraka !!

Message 66-2B
Il fait encore nuit lorsque le bataillon arrive en camion à Than Son Hut.
La plus part des Paras sont armés de vieilles mitraillettes Sten depuis longtemps périmées. Certains ont gardé leur arme approvisionnée, chargeur engagé, au cas ou ...
L'un d'eux en sautant à terre fait déclencher le tir de sa Sten et reçoit la rafale dans le ventre.
Cette mort accidentelle imprévue n'est pas un bon présage ...
En silence, dans la nuit, les officiers rassemblent leurs hommes; puis ils défilent en colonne par un devant les camions qui distribuent les parachutes . Ils le mettent sur le dos et, sous la conduite de gradés, ils se dirigent vers leur avion.
Les largueurs les attendent. Avec calme mais minutieusement, ils vérifient les parachutes et l'équipement de chacun d'eux et plus particulièrement ceux qui portent un lourd leg bag.
Puis toujours en colonne par un, dans un ordre inverse de la sortie des avions, les Paras attendent l'ordre d'embarquement .
L'aube commence poindre lorsqu'un officier de la demi-brigade en liaison avec l'état-major opérationnel annonce qu'une épaisse brume recouvre la DZ et que l'embarquement est retardé.
Vous pouvez, dit-il au capitaine Trinquier, faire déséquiper vos hommes. L'attente sera longue; surement plus d'une heure .
Les hommes quittent leur équipement et s'allongent sous les ailes de leur avion; la plupart s'endorment.

A cette époque, le nombre d'avions, des Dakota et souvent de vieux JU52, est toujours limité. On les bourre le plus possible pour embarquer le maximum de combattants. Trinquier est informé qu'un avion supplémentaire est mis à sa disposition et qu'il se mettra en tète du dispositif.
Pour ne pas refaire le plan d'embarquement, Trinquier rassemble le personnel de son état-major réparti dans las autres avions et demande au capitaine Boby de le compléter avec des hommes de son PC. Au total 20 hommes, le chargement normal d'un Dakota .

La DZ est relativement courte( environ un kilomètre ) : les avions devront faire deux passages sur la zone de saut.
Le médecin capitaine Maitre qui porte un lourd leg bag demande de prendre place dans le premier stick et de sauter le premier.
Surcouf, véritable hercule, et qui depuis "Ponchardier", est l'ange gardien de Trinquier, porte lui aussi un lourd leg bag, veut être prés de la porte .Il prend le n°2; le soldat Cheygnaud, infirmier, prend le n°3; le capitaine Degufroy qui porte un appareil radio sera le n°4; Trinquier prend alors le n°5. "Ainsi ,se dit-il, je serais au milieu de la DZ." Derrière lui le lieutenant Icar et le capitaine Boby et quelques hommes du PC de la compagnie n°4 . En tout 10 hommes pour chacun des deux sticks .

Dans l'avion qui les emmènent, serrés les uns contre les autres, les Parachutistes de tous grades sont intimement mêlés. Ils portent tous la même tenue, le même équipement et affrontent au mèmes moments les mèmes dangers.
C'est ainsi que s'est créé entre tous un sentiment affectif profond, un esprit d'équipe qu'on ne trouve dans aucune autre arme .

L'attente souvent longue sous les ailes des avions met toujours les nerfs à rude épreuve. Ce jour-là , elle dure 3 heurs. C'est à 9 heures en effet que le bataillon reçoit l'ordre d'embarquer. Le soleil s'est levé depuis longtemps; il fait trés chaud. Les parachutes sont remis sur le dos .
En ordre et en silence ,les Paras montent dans leur avion.
Les moteurs commencent à ronronner et les avions en colonne par un se placent en bout de piste.

Pour prendre leur formation de vol ils survolent toujours une petite église située dans l'axe de la piste. Les Paras la connaissent bien. Ceux qui ont la foi, et ils sont nombreux, font mentalement en la regardant disparaitre sous les ailes ,une courte prière pour obtenir sa protection ...
Puis ils attendent le saut.
Il faut prés d'une heure pour atteindre la DZ. Dans une atmosphère surchauffée, serrés les uns contre les autres, engoncés dans leurs équipements, ils ne peuvent faire aucun mouvement. Ils attendent avec impatience le moment de franchir la porte pour respirer à l'air libre, se détendre et se libérer de l'angoisse qui se lit sur tous les visages..

Enfin, la lampe rouge s'éclaire au dessus de la porte. Les avions sont en vue de la DZ.

DEBOUT! ACCROCHEZ ! hurle le lieutenant Drouhin, chef des largeurs.

Le premier stick se lève, chacun accroche sa static line au câble tendu le long de la paroi opposée à la porte . Les largueurs vérifient une dernière fois les parachutes .






Ce matin là, Trinquier sent chez les paras de son stick une nervosité inhabituelle. Pour certains, en effet, c'est leur premier saut en opération. Ils se pressent vers la porte, pour en sortir plus vite . Le capitaine Degufroy se retourne vers lui et lui demande de ne pas le pousser .

Trinquier fait reculer au fond de l'avion tous les hommes qui sont derrière lui.

" Pas de précipitation! Ne poussez pas ! Vous avez le temps "

Soudain, une puissante sonnerie secoue l'avion. La lampe verte au dessus de la porte s'est allumée .

" GO " crie Drouhin qui regardait la DZ, la main sur l'épaule du capitaine Maitre.
En quelques secondes le stick franchit la porte . Comme ses camarades ballotés pendant quelques secondes dans l'air frais du matin. Trinquier regarde au-dessus sa tète la belle corolle de son parachute largement déployée. Au-dessus les avions larguent par couches succéssives leurs Parachutistes.
Autour d'eux, 2 avions de chasse [ des Spitfires] tirent de longues rafales sur les objectifs qui leur ont été désignés.

En opération, les Parachutistes sautent à 200m d'altitude, 25 à 30 secondes suffisent pour atteindre le sol, le temps pour les porteurs de leg bag de le détacher de leur jambe droite , de le laisser glisser au-dessous d'eux, par une corde d'une dizaine de mètres de long attachée au ceinturon. Le leg bag amortit la chute. La Para peut immédiatement récupérer son matériel: FM, mitrailleuse , mortier ou munition d'armes lourdes. Pendant ce laps de temps le parachute est un excellent observatoire pour les chefs à tous les échelons et leur permet de reconnaitre rapidement leur objectif .

Cependant, Trinquier a remarqué dans le lointain trois objets qui tombaient en chute libre. Il suppose que certains porteurs de leg bag les ont largués trop vite et que la corde qui les retenait a cassé comme à une opération précédente . [ Pourvu que ce ne soit pas les postes radio] pense t-il... Pour le reste on verra bien ...
Puis il oublie cette image furtive .
Quelque secondes avant l'atterrissage, Trinquier s'aperçoit que la DZ est hérissée de piquets en bois pointus d'environ un mètre de hauteur. Il crie aux Paras qui l'entourent de faire attention...

Il atterrit derrière une diguette de rizière près de baraques couvertes de paillotes . Deux viets tentent d'y mettre le feu.
Avant même d'avoir débouclé son parachute, Trinquier saisit sa carabine et tire; ils tombent . D'autres s'enfuient à l'horizon .

L'arrivée au sol est toujours pour les jeunes Paras un moment d'euphorie. Le saut les a délivrés d'une attente déprimante . Ils on gouté les secondes grisantes de l'ouverture et de la descente .
Les voici sains et saufs au sol .
Il faut que les gradés leur rappellent que tout va commencer et que le moment n'est pas venu de raconter ses impressions ...

Le regroupement au sol se fait aussitôt. Trinquier attend que l'adjudant de bataillon allume son pot de fumée jaune autour duquel l'état-major doit se regrouper ...
Les chefs de commando ont allumé le leur: rouge, vert, ou bleu. Leurs hommes portent autour du coup un foulard de la même couleur que leur fumée.
Ils se précipitent vers leur chef; en moins de 10 minutes chaque commando est rassemblé et fonce sur son objectif.

Mais Trinquier n'a pas vu la fumée jaune. Il pense qu'un incident sans importance a pu motiver ce retard ...
Tous les ordres sont donnés . Chaque compagnie, chaque commando connait son objectif.
Le regroupement s'est parfaitement exécuté; il n'y a pour le moment aucune inquiétude à avoir...
Pour ne pas rester seul sur la DZ, il rejoint le commando du lieutenant Ziegler le plus proche de lui.

c] Le lieutenant Icar s'est tué ]] lui dit-il .
Trinquier et Ziegler se penchent sur Icar étendu derrière uns diguette; Le sac de son parachute ne s'est pas ouvert ! Ils se demandent pourquoi...

Trinquier se rappelle soudain que Icart avait le n°6 et qu'il était juste derrière lui ...
-- Il ne faut pas le toucher et attendre qu'un spécialiste vienne examiner son parachute pour connaitre la cause de cet accident --

Une demi-heure après le saut , tous les objectifs sont occupés.
Trinquier revient sur la DZ , à la recherche de son équipe .
Le lieutenant Pont se précipite vers lui:
Mon capitaine, tous les hommes qui ont sauté derrière vous, se sont écrasés au sol !
--Vous êtes sur ?
-- Oui, venez voir !

Ensemble ils remontent la zone de saut, les corps de 5 de leurs camarades gisent sur la rizière. leur sac de parachute encore fermé sur le dos ; le capitaine Boby, l'adjudant Gaborit, le sergent Seillon, et le caporal Montigel.

Trinquier se demande si, en sautant, il n'a pas décroché le câble auquel les Paras accrochent leur static line avant le saut.
La mort de ses camarades provient peut être de sa maladresse ...
La static line accrochée au parachute le tire hors du sac pendant les premières secondes de la chute et lui permet de s'ouvrir .
Sans câble , le parachute reste dans le sac et n'a aucune possibilité de se déployer.





Il voit venir vers lui le médecin capitaine Maitre ainsi que son fidèle Surcouf .

-- Degufroy et Cheygnaud se sont écrasés au sol. Leur parachute ne s'est pas déployé ! lui disent-ils .

Ils ont sauté tous les deux avant lui ,si le câble s'est décroché, ce n'est pas sa faute .

Il se rappelle la nervosité de Degufroy quelques secondes avant le saut et l'inquiétude de Boby la veille au soir ... C'était peut être un pressentiment ...

Mais il ne comprend pas pourquoi et par quel miracle son parachute a pu s'ouvrir ...

Les 10 Paras de son deuxième stick , c'est à dire son état-major sont introuvables ...
Personne ne les a vu . Pour des raisons inimaginables , ils n'ont pas sauté ...

Il comprend maintenant pourquoi son adjudant de bataillon n'a pas allumé sa fumée jaune ...
Sans poste radio, il ne peut rendre compte de cet incident et informer le commandement du déroulement de l'opération.
Il faut attendre les nouvelles de l'extérieur.

Cependant, l'opération se déroule normalement. une heure aprés le saut, tous les objectifs sont occupés, la fouille des baraques commencée, du matériel récupéré, ainsi que de nombreux documents ;
Les premiers prisonniers sont acheminés vers la baraque ou Trinquier a installé le PC du bataillon .

MAIS N'guyen Binh est introuvable ... Il serait parti la veille au soir ... ( le nombre important de bataillons engagés, leur regroupement et leut transport n'ont pas du passer inaperçus des observateurs disséminés dans la population) ...

Au début de l'après-midi, un Dakota survole la DZ, il largue 12 Paras dont Conan commandant de la demi-brigade et Morin de l'aviation de chasse du sud-vietnam ainsi que l'état-major qui n'a pas sauté le matin .

Conan voulait savoir précisément ce qui s'était passé, si Trinquier était parmi les victimes ...
Enfin le colonel De Sairigné était anxieux de savoir comment s'était déroulée l'occupation de Giong Dinh , à la poursuite du général N'guyen Binh introuvable ...

Il était naturel qu'un chef de la trempe comme Conan vienne aux renseignements

Les Paras ont toujours eu de profonds sentiments d'amitié pour les aviateurs qui les transportaient , mais surtout pour les chasseurs qui les protégeaient pendant leur descente au sol apportant l'appui feu nécessaire ... Ils les connaissaient tous, certains d'entre eux n'hésitaient pas à venir avec eux en opération, lorsqu'ils étaient disponibles .
C'est pourquoi , ce matin-là, le commandant Morin a sauté au milieu d'eux , dans la pleine des joncs, pour leur apporter outre le témoignage de son amitié, toute l'aide possible .

Eh bien, vous avez de la chance dit Morin à Trinquier. Vous étés surement né sous une bonne étoile









Trinquier peut alors savoir ce qui s'est passé dans l'avion au moment du largage.

Le capitaine Maitre, en sautant avec son lourd leg bag, a fait se décrocher le câble hâtivement mis et mal vissé sur sa base. Surcouf l'a tiré vers l'extérieur (??? ). Leurs parachutes ont pu s'ouvrir (???)

Tout le stick à franchi la porte sans s'apercevoir que le câble avait disparu ...

Le lieutenant Drouhin, le regard fixé vers l'extérieur, est affreusement surpris en ne voyant que 3 parachutes ouverts sur les 10 qui ont franchis la porte .
Mais il lui est impossible de savoir à qui ils appartiennent...

Pourtant , les Paras du deuxième sticks ont vu le câble placé à environ 50cm au-dessus de leur tète se décrocher et passer par la porte.

Ils ont criés de toutes leurs forces pour arrêter leurs camarades qu'ils voyaient partir vers une mort certaine ...

Mais , engoncés dans leurs équipements, étroitement serrés les uns contre les autres , ils n'ont pas été entendus ...
En 10 secondes , tous le stick d'un seul élan a franchi la porte , Rien n'aurait pu les arrêter.

Les camarades demeurés dans l'avion , navrés de leur impuissance, sont restés sans voix ...


Trinquier avait l'habitude au moment de franchir la porte, de lancer sa static line le plus loin possible au fond de l'avion , pour ne pas gêner le Para qui le suivait.:
Ce geste l'a fait passer au-dessus du montant de la porte ou elle s'est accrochée les quelques secondes nécessaires pour faire ouvrir son parachute ...

Il faut dire aussi que l'avion arrivé à la dernière minute sur le terrain n'avait pas été sérieusement équipé et vérifié .
L'extrémité du câble n'avait pas été vissée correctement ...
Le sac que l'on place au bas de la porte pour éviter que les static lines ne se détériorent n'avait pas été mis ...
Ces finalement cette dernière négligence qui avait permis au parachute de Trinquier de s'ouvrir ...

Sans câble, il était impossible au deuxième stick de sauter. Le Dakota rentre à Saigon, ou Drouhin rend compte de l'accident ou du moins , ce qu'il en sait ...

Ainsi ce termine ce récit sur cette baraka providentielle pour l'un et la malédiction pour les autres , au mauvais moment au mauvais endroit ...

De quoi marquer à jamais une carrière de Parachutiste Militaire ...

extrait de: Le premier bataillon de Bérets Rouges du colonel Trinquier ( éditions plomb )



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